Pour la première fois, depuis que notre espèce a quitté les rives de l’Afrique il y a plus de 100 000 ans, nous pouvons regarder le ciel avec complicité et empathie, en réalisant que nous sommes partie prenante de son aventure.

 

Il ne s’agit plus de croire les récits conjuratoires des sorciers et des mages, qui pour nous libérer de nos peurs capturent nos consciences dans le filet de leurs prédictions et de leurs rites sacrificiels.

 

Il ne s’agit plus d’être captifs des visions partisanes de prophètes dont les stances nous promettent un paradis barbelé d’anathèmes. Encore moins de céder aux chants de toutes les sirènes des vieilles civilisations de l’opium qui nous proposent l’oubli ou l’annihilation du moi dans des extases ou des libérations qui n’ont rien changé au réel.

 

S’ils ont tous, et sous toutes les latitudes, posé des jalons intuitifs, esthétiques et civilisationnels qui ont contribué à élargir nos perceptions et à polir nos moeurs, ils ont également ferrés nos consciences et nos corps à la culpabilité ou au karma, à des dépendances addictives et des normes de salut et de libération exclusives.

 

Ils se sont compromis et les uns et les autres dans l’instrumentalisation sociale et politique du sacré aux cotés des dominants. Ils se sont toujours montrés incapables d’intégrer l’altérité dans leurs perspectives de salut.

 

Enfin aucun n’a pris en compte le fait que l’univers est en création permanente et que les cadres du sacré seraient amenés à évoluer tout comme notre environnement. Le monde a changé plus rapidement ces dernières décennies qu’en plusieurs siècles de l’histoire récente.

 

Ces changements se font sous nos yeux à une vitesse inouïe : les sociétés se sécularisent à grande vitesse en générant des crispations intégristes radicales, les individus sont travaillés par des ferments mutagènes, souvent impulsés par de nouvelles interfaces technologiques dans un vaste chambardement qui semble mettre en cause les fondements même de notre réalité.

Paradoxalement c’est dans ce tournant chaotique du monde que nous pouvons enfin commencer à comprendre notre condition humaine hors des jougs, des contraintes et des œillères. Que nous pouvons enfin tenter de formuler l’intelligibilité de notre destin humain en ayant jamais été aussi libres et aussi proches de pouvoir le faire !

Les neurosciences, la physique quantique, la biologie, la nouvelle cosmologie, mais aussi le recul extraordinaire qu'apportent la paléontologie et l’anthropologie sociale nous ouvrent un nouveau monde moins déterministe, plus « interactif ». Où il n’est plus absurde de s’interroger sur les sens possibles de notre singularité humaine dans cet étrange univers.

 

Lorsque ces approches scientifiques sont mises en libre conjonction avec les visions spirituelles, poétiques, esthétiques de notre patrimoine universel, elles dégagent des perspectives extraordinaires pour l’avènement d’un nouvel imaginaire du monde. Un imaginaire qui ne sera plus celui d’un clan, d’une caste ou d’un groupe religieux particulier, mais celui co-construit par chaque être humain dans son processus évolutif d’individuation.

 

Mais le point primordial c’est que cet imaginaire-monde ne sera plus situé hors de celui-ci, comme le furent les mythes antiques, les extases orientales et les paradis monothéistes.

 

Cet imaginaire-monde, que j’appelle Hypermondes, est l’accélérateur de particule de notre réalité, le levier immanent et extraordinairement puissant de sa transformation.

 

Pourquoi si extraordinaire ? Parce que c’est la vie et la mort, le corps, le temps et l’espace, et notre relation intime à nos êtres et à l’univers qui vont devoir changer ! Pourquoi si puissant ? Parce que le levier de ce changement est en chacun de nous !

 

Evolutionnaire, quand tu nous tiens...

 

Un jour j'étais en compagnie d'un Cheikh d'une respectable confrérie tidjane et nous marchions sur les dunes roses d'une petit village soufi du désert mauritanien.  Tandis que nous devisions comme nous le faisions presque chaque matin  je finis par lui poser la question qui me taraudait depuis quelques semaines de séjour à ses cotés.
- Cheikh, j'apprécie toute votre spiritualité et votre oeuvre éducative au sein de votre communauté. Vous voyagez un peu partout dans le monde. Vous êtes un érudit et un mystique reconnu. Je voudrais alors vous poser cette question : se peut-il que les différentes voies spirituelles ne soient que des des perceptions des facettes de Dieu et que finalement aucune ne puisse se considérer supérieure à l'autre ?

- Non pas du tout, me répondit-il sans hésitation. Notre voie est la voie la plus élevée et la plus ultime de la Connaissance spirituelle. Aucune autre ne peut lui être comparée dans le monde. Nous avons la Vérité attestée et définitive.

Je compris alors que j'étais irréductiblement, définitivement laïque, universaliste et évolutionnaire. 

© 2018 - Hassan Aslafy