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Eléments de ma bio. 
 

Mes documents d'identité signent mes ascendances biologiques et sociologiques et inscrivent mon histoire dans celle de l'immigration marocaine et espagnole de la France ouvrière des années soixante, plus précisément de la ville minière qu'était alors Saint-Etienne. Mon père était un digne et sage berbère du Maroc qui m'a transmis le goût de la bienveillance et des jardins. Ma mère, une jeune andalouse décédée à 21 ans, quand j'avais deux ans, m'a donné son sourire et le lien avec le monde arabo-andalou.  

 

J'ai connu les quartiers insalubres, puis les cités avec leurs habitats en barre. J'ai partagé les jurons, les codes d'honneur, la débrouille, tout en redoutant les casseurs de gueules de la cité et les rêves de retour au bled de mes parents. Rapidement cependant mon histoire sociologique a déraillé. 

Un invisible cheminot a déporté mon petit train sur une autre ligne. J'ai compris rapidement que j'avais largué les amarres et quitté, vers un inconnu à inventer à chaque pas, la voie balisée de garagiste mécanicien qu'espérait pour moi mon père.

 

J'ai été saisi précocement par une étrange fièvre : celle des grandes questions. Ces dernières m'ont habité sans relâche, jours et nuits, dans la petite chambre dans notre cité HLM. Elles m'ont jeté dans des lectures affamées, dans les bras de tous les philosophes à ma portée. Puis elles m'ont orienté vers les grands spirituels.

 

A 16 ans, une expérience spirituelle émancipatrice m'ouvre de nouveaux horizons existentiels éclairés par Satprem, Sri Aurobindo et la Mère. A 20 ans je suis parti en Inde, en passionné du Mahabharata, partageant mon séjour entre Henry le sault, Swami Ramdas et Auroville. Puis à Jérusalem je découvre avec émotion le Mont des oliviers. En Egypte j'ai mis mes pas dans ceux de Paul Brunton et... de Gustave Flaubert, car la littérature et le goût de l'écriture ont rapidement intégré ma petite histoire.

 

Par un étrange ricochet du destin la rencontre de Pierre Rabhi m'a poussé vers l'Afrique. Cette Afrique vitale et rugueuse a apporté sa moirure cuivrée et ses pulsations primales à mon sang berbère.

 

J'ai senti son grand arbre tutélaire se frayer un chemin de vie dans mon corps et dans les mémoires blessées de mon enfance. J'ai parcouru ses forêts, ses savanes, ses banlieues, ses beaux quartiers et ses femmes en compagnie de Rimbaud, de Richard Burton, de Lawrence d'Arabie, de Segalen et de Kenneth White.

 

Aujourd'hui il me semble qu'un cycle est terminé. J'arrive au bout d'un chemin qui m'a porté vers des extases et des abîmes. J'ai connu  les confréries soufies, les ashrams, les intégristes djihadistes, les  associations humanitaires, les engagements divers, les bidonvilles et les salles de jeu des palaces. J'ai depuis lors cumulé 25 ans de cette Afrique matricielle.

Lorsque je suis parti en voyage dans ma vingtaine, ce n'était pas pour visiter le monde mais pour vivre à vif, à fleur d'être et de conscience - funambulant dans l'univers - sans boussole, sans argent, sans téléphone mobile (il n'y en avait pas !), ni assurances. Pour rencontrer, face à face, la vie insécure et nue et l'extraordinaire variété de tous les miens. J'étais comme un brasier de conscience qui pariait chaque jour sur la possibilité d'un lendemain de tous les possibles. En marchant sous les étoiles, j'engrangeait lentement des gemmes diaprés de connaissance. 

 

Ainsi faisant, je n'ai pas détendu l'arc des questions. J'en ai fais ma respiration, en ne cédant à aucune chapelle, en ne m'arrêtant définitivement à aucun port spirituel, malgré les séductions, les sécurités proposées, malgré la "paix", les addictions méditatives et tous ces présomptueux, si nombreux, qui prétendent vous transmettre ou vous enseigner "la vérité". Aujourd'hui je participe autrement au monde. Il résonne tout entier dans le coquillage de mon corps/conscience.

J'ai croisé des porteurs de sens modestes, des prêtresses vaudous, des sages absurdes, des gourous, des cheikh soufis et des illuminés experts en marketing. J'ai pu dormir au pied de la pyramide de Guizeh, et traverser avec émotion les lignes de force du grand temple de Karnac. Jusqu'au jour où est advenue, surgit du fond de mes âges et comme d'outre-temps, la rencontre avec le plus marquant et inspirant des personnages, le Maître du KOON,  : l'extravagant Yogi Besh Besh. 

 

Ma vision est à la fois plus unitive et plus diffractée, plus intégrative et plus extériorisée. Je vois advenir les hypermondes et l'univers s'enrichir de sens en chacun de nous. Je redécouvre avec bonheur toute la justesse des intuitions premières qui m'avaient conduit vers une incarnation libre de notre relation consciente et singulière à l'univers, à la jointure des arts, des sciences, des liens sensibles avec le vivant et de l'écriture.  

Cinq enfants, des petits enfants ajoutent un éclat de coeur à cette histoire, accompagnée tout au long du fil de la vie par des femmes précieuses, grandes amies et compagnes remarquables, sans lesquelles rien n'eut été possible.

 


Nous avons, chacun, à l'approche de la soixantaine, notre heure de fructification. Que j'appelle la Séniorité. C'est ce sentiment qui m'habite désormais : le travail de création, d'écriture et de transmission dans un monde que les turbulences évolutionnaires vont mettre à mal. Un anthropocène traversé de crises et de bruits de guerre, travaillé par les hypermondes, mais habité d'un futur aussi grandiose que risqué et improbable, car giboyeux d'infini. Désormais je coïncide avec le Choix qui a grandi en moi et qui tient à présent les rênes de ma conscience. Il infuse mes mots, me traverse de projets, de créations et d'inspirations. 

 

Rachel Revesz, ma compagne lumineuse, illumine la dernière ligne droite que nous partageons sur notre chemin commun de conscience et d'évolution - sur la variante créative KOON - au service du monde qui vient. Une connivence dynamique et active qui est aussi une manière, peut-être, d'incarner à notre modeste façon, l'Amour en action.

 

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