• Hassan Aslafy

La mutation des monothéismes



Ceux qui se passionnent pour le monde à venir, pour la prospective, pour le devenir de l'humanité considèrent souvent les monothéismes religieux comme des mamouths, trop alourdis par leurs appareils, tirés en arrière par les poids de l'histoire, incapables d'innover et de s'acclimater. Donc condamnés à l'obsolescence.

Il me semble que c'est aller un peu vite en besogne. Il suffit de considérer l'actualité pour voir que le religieux et les trois monothéismes accaparent les grands titres et une grande partie du débat contemporain. Et sans doute encore pour longtemps.

Même si les trois monothéismes abrahamiques sont frappés en plein coeur et qu'ils ne peuvent plus faire l'économie des crises majeures qui les traversent, il se pourrait bien qu'il nous réservent au passage quelques surprises.

D'abord parce qu'ils en ont vu d'autres, des crises et qu'ils sont toujours là. On songe à l'émergence du judaisme rabbinique après le traumatisme de la destruction du temple en 70 après JC où au christianisme orthodoxe russe qui renaît après un demi siècle de démantelement et d'éradication systématique par le communisme.

Ensuite parce qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Au coeur des trois monothéismes il y a un noyau, un joyau de sens. Dont on peut apprécier les expressions vertigineuses dans les ouvrages de beauté, en architecture, en musique, en civilité, en philosophie et en métaphysique. Ces expressions ont accompagné près de trois millénaires de civilisation avec une diversité extraordinaire, elles ont produit des milliers d'efflorescences culturelles particulières finement adaptées aux écosystèmes, aux géographies, aux terroirs comme aux grandes cités. Nous en sommes les héritiers, en dépit des violences et des tourments qu'elles ont charrié.

Enfin parce ces aventures monothéistes pourraient bien y être pour quelque chose dans ces crises que nous traversons tous. D'abord parce qu'ils ont fixé, au coeur de nos sociétés et dans nos têtes, un modèle humain anthropologique dominant, ségrégationniste (nous avons la vérité et pas les autres) et prédateur de la nature. Ils ont considéré ce monde comme un lieu de passage, d'épreuves et de tentations dans l'attente imminente du jour du jugement et l'avènement du Royaume. Ce n'est que très récemment qu'ils ont réalisé - les uns et les autres, même s'il reste des courants résiduels - que ce monde était fait pour durer et même qu'il était pas si désagréable d'y vivre ! Mais pour cela ils se devait non seulement de l'entretenir mais de récupérer à présent les dégats de deux siècles d'industrialisation fondée sur les énergies fossiles !

Mais ces fameuses crises qui les ébranlent si dramatiquement ne seraient-elles pas annoncées dans leurs propres écritures ? On devine que chacun d'eux va vite rechercher les raisons de justifier sa prééminence, son eschatologie, et tirer la couverture de l'apocalypse à son avantage. Mais si ce n'était pas si simple ?

Il me semble que la révolution à venir, et même la mutation des monothéismes en cours va comprendre plusieurs étapes majeures : - celle qui imposera à chacun d'entre eux d'accepter son incomplétude et de considérer que l'autre recèle aussi une part de la réponse. - Celle qui les ouvrira à la considération inclusive des autres monothéismes de l'humanité : hindouisme, sikhisme, traditions africaines, etc. - Celle qui les conduira à considérer leurs écritures comme complémentaires et toujours ouvertes à la singularité des interprétations autant qu'à la fertilisation mutuelle des exègèses. - Celle qui les amènera à considérer leur rencontre comme prophétique, et à s'inscrire dans une approche convergente d'un messianisme de l'humanité dont l'accomplissement intégral est inclusif de toute la création.


Evidemment les grands appareils des monothéismes ne s'y résoudront pas. Pour rien au monde ils n'accepteront d'ouvrir la clôture qui les sépare et les distingue.

Mais les irréductibles êtres humains, eux, le pourront. C'est d'ailleurs ce que nous avons commencé modestement dans notre petit coin. Cela constituera d'ailleurs plusieurs chapïtres importants de notre ouvrage en préparation : la mutation des monothéismes.

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