• Hassan Aslafy

Apprendre à marcher ensemble dans le vide élégant de l'univers...

Mis à jour : juin 1


Pourquoi tandis que le monde semble ployer face à des menaces de plus en plus complexes, multiformes, transpirant même des relents de guerre… Pourquoi alors que tant de complotistes semblent appeler de leurs vœux le pire et plus encore...Pourquoi alors que les nationalismes renaissent des cendres à peine éteintes de l’histoire et que ça et là des bombes, des guerres, des menaces, des virus nous explosent au corps et au coeur en instillant partout l’incertitude et l’angoisse - pourquoi donc suis-je toujours aussi peu pessimiste ?  


J’ai pourtant fait le pari de la lucidité. Et je vois bien l'esprit de défaite qui s'installe. La torsade des intelligences qui s'opèrent en exsudant le goût, remis à jour, de la désignation des ennemis et des appels hébertistes à la vindicte populaire. Il suffit de parcourir l’actualité pour réaliser à quel point le sel corrosif de la défiance a commencé à miner l’édifice institutionnel et politique qui faisait sens pour tous.


Cet effet de corrosion a ceci de remarquable qu’il est général : il affecte l’ensemble de notre organisation politique, sociale, écologique et spirituelle. Il a infecté de suspiscion le plausible et le vrai. Il désigne désormais comme douteuse toute vérité. Tout l’ensemble du réel est pris dans son filet. Rien n’échappe à son sel. Cette corrosion est fatale : elle annonce la fin d’un certain ordre du monde. Et l’avènement d’une période trouble.


Mais elle annonce aussi l’avènement d’autre chose.


Car si l’on y regarde bien, une des modalités de cette défiance, de cette perte de confiance est souvent une mise en lumière positive du mensonge :  corruption, abus, hypocrisie deviennent insoutenables, intolérables.


Des institutions politiques jusqu’alors imperméables à l’attention du public, protégées par des immunités désormais injustifiables sont mises en cause, questionnées, malmenées. On découvre sous le tapis de leur respectabilité des malversations et des pratiques délictueuses maintenues par un consensus de caste.


Fait inimaginable  il y a quelques décennies, des institutions spirituelles aussi colossales que l’Eglise catholique - et l’effet domino à venir sur les autres religions ne saurait tarder - sont mises à nu dans leurs pratiques d’abus sexuels soigneusement camouflés par la componction silencieuse des hiérarchies. Des gourous et des institutions spirituelles s’effondrent piquées eux-aussi par le moustique tigré de la vérité.  


Le mensonge lui-même se dévoile en ses caricatures qui ne le voilent plus. Sa magie tourne à vide. Malgré ses rictus il ne peut plus se cacher sous les traits d’une fausse vérité.


La première raison de mon optimisme est là : jamais plus qu’aujourd’hui l’injustice et la guerre ne nous ont autant pris aux tripes. Jamais le monde ne nous a autant concernés. Nous devenons chaque jour, les uns et les autres, une part du monde, un bout de monde et d’humanité mêlé de soleil et de peine.


C’est pour cela que la dimension tragique du monde et de notre existence se fait si intense : notre cœur et nos êtres s’élargissent au monde et deviennent plus empathiques. Le monde s’impacte en nous. Tous ses bruits, toutes ses fureurs et tous ses cris nous traversent. Nous sommes tous ensemble dans la marmite. Et celle-ci est portée à ébullition !


La deuxième raison de ma réjouissance est précisément cette ébullition ! C’est le feu évolutionnaire : impossible de baisser le thermostat ! D’où l’affolement général :  le sauve qui peut djihadiste et ses raccourcis explosifs pour rejoindre le paradis, la fièvre nationaliste des frontières dans un monde qui n’en a plus, l’avènement des tyrans sauveurs élus par les urnes, les grandes migrations sexuelles vers les genres opposés. Plus personne ne se sent à sa place dans la fourmilière jadis si ordonnée de Grand Papa. C’est le grand coup de pied du Chaos !


Les vertus elles-mêmes deviennent glissantes et les valeurs dépressives. Les masques fondent. Le Roi est nu pour tout le monde. Plus rien ne nous retient de devenir seulement ce que nous sommes. Penaud, embroché par l’univers, vrillé de l’intérieur par l’irruption du monde et des autres, nous sommes fragiles mais géniaux.

Mais voilà, il se trouve que nous avons peur d’être ce que nous sommes, sans fard, sans fioritures, sans carapaces de toutes sortes.


Ce découvrement, c’est ce que j’appelle la lumière du Swar. Ou du Grand Soir. C'est comme on veut mais le mot Swar est plus poétique, il est giratoire, vivant, il swingue. C'est donc la lumière de la Pleine Lune qui fait tout apparaître sous son vrai jour, même et surtout la face cachée des choses. Cette lumière est modeste et laborieuse. Elle vrille le réel. Elle n’est pas spirituelle blablateuse. Elle est matérielle mais de la matière consciente qui vient, ductile, fractale, expansée, connectée par tous ses points en toutes ses parties.


Elle s’est répandue depuis peu dans les eaux du monde et en chacun de nous. Dans les nuages que traversent les avions. Cette lumière n’est pas une énergie bienfaisante comme les anciennes lumières euphoriques.


Ce n’est pas un massage de bien être non plus. Elle prend sa source dans un feu créatif qui est au cœur de notre aventure humaine. Un feu dérangeant au départ, mais tellement inspirant et exaltant quand on apprend à flamber avec lui.


Cette lumière semble au départ glisser en nous comme un malaise, comme un mal de mer. Mais c’est parce qu’il faut quitter les zones de confort de nos abris psychologiques et spirituels et plonger dans les eaux de l’incertitude créatrice.


Il faut un pied marin pour l’aventure qui vient. Apprendre à être l’épine de «notre soi au monde» traversé de cosmos et de cris n’est pas une mince affaire. Créer de la beauté et de la fraternité avec de l’incertitude et de l’authenticité est une vocation d’exception. Se ressentir enraciné dans le compost du Cosmos et jubiler d’inventer à chaque instant, à partir de sa petite respiration d’être, une part du destin de notre espèce n’est pas une petite histoire.

En finir avec les accessoires de compensations spirituelles que sont la culpabilité, le karma, les pénitences, les rêves de survivances est certainement un arrachement. Renoncer à l’idée que l’on puisse «se survivre en mieux» dans l’au-delà peut être douloureux.


En finir avec les neuro-euphorisants émotionnels d’un bien-être tarifé, pour revenir à la pulsion faramineuse du vivant est presque un deuil. Ne plus vivre comme des entubés dans les salles de réanimation spirituelles et décider d’enlever une fois pour toute ces appareillages psycho-émotionnels qui nous installent en dépendance est pour beaucoup un traumatisme.


Il est temps de restaurer l’alliance de notre groin sensoriel qui aime fouiller dans les humus solaires de la terre et le recabler avec notre intelligence créatrice. Il faut allumer le grand lustre de cette intelligence créatrice avec toutes ses ampoules et cesser de vivre comme un complexé sous perfusion de supplémentations psychiques.   

 

Quand on commence à se faire confiance, à accepter le dénuement de notre condition de vivant non comme une honte, comme on nous l’a trop souvent raconté, non comme une malédiction de créature déchue mais comme une conquête et comme une source de liberté, il y a quelque chose qui change. C’est le premier clic d’un premier bon numéro sur la serrure du coffre fort. On commence à se mettre debout.


Et il va falloir apprendre à marcher dans le vide élégant de l’univers. On va entrer pas à pas dans une cosmo-poétique du vivant. Et advient alors un premier déclic qui fait suite au premier clic ! Notre corps gavé d’émotion, de traumas et de malbouffe, maudit et banni depuis des siècles, réduit à être le mulet de nos existences, le sherpa de nos âmes en apné, va frapper à la porte de notre conscience et nous tendre la main.


Car le corps, enfin repris en considération, est intelligent. Non pas au sens métaphorique, ni philosophique mais véritablement intelligent. Comme une belette ou un dauphin. Mieux il ne demande qu’à communiquer avec nous. Restaurer cette communication, c’est ce que nous appelons le processus du corps-conscient. C’est le deuxième clic du décodage de notre système humain.


J’en suis à douze clics ! Que de claques pour en arriver là !


Et c’est extraordinairement intégré : à la fois physiologique, cognitif, créatif - et régénérateur sur tous ces plans ! Une nouvelle carte qui colle aux nouveaux territoires de nos humanités.

Ce confinement au Maroc me permet de pousser les limites de cet  étrange processus de mise à nu et de reconsidération de notre faramineuse histoire. Oui je ne suis pas pessimiste !


Livre, vidéos, conférences... Une aventure commence bientôt !

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© 2019 - Hassan Aslafy