• Hassan Aslafy

Le Swar, l'énergie évolutionnaire !


- Cher Yogi Beshbesh, en ces temps incertains que la beauté épice avec plus de piment et de fulgurance que jamais, que la laideur scarifie sans entamer son panache, il semble que l'énergie, le prana, l'éther, le flux, le brasier magnétique enfin qui traversait nos mains et allumait nos regards ait changé.

J'ai l'impression que cette énergie s'est déplacé vers la braise. Qu'au lieu d'apaiser elle brûle. Qu'au lieu d'étancher elle attise. Qu'au lieu de détendre elle tourmente.

Il semble que l'énergie ait changé. Qu'elle soit devenue turbulente, chaotique...comment dire...indocile !

- Yes ! par Ibn Battouta ! Indocile, voilà le mot ! Tu as embrasé ma barbe d'électricité synaptique ! Indocile comme la mer en ses châles déliés, oui comme les rots quantiques émis par les trous noirs !

Comme toute vraie femme en laquelle se déhanche le cosmos, oui indocile ! s'exclame Yogi Beshbesh tandis que nous trinquons sur la terrasse d'un gîte encastré dans les murailles de la cité portugaise d'Al Jadida au Maroc.

Fulminant Yogi Beshbesh se leva de sa chaise, remonta son serrouel et sauta sur la muraille, indifférent au vide et comme suspendu au ciel. Il continua tonitruant tandis que des galopins de nuages s'attroupaient pour l'entendre avec intérêt.

- Peux-t-on embourgeoiser le flux cosmique ? Lui mettre un ponpon comme au bonnet de nuit de Bossuet ? L'enfermer dans une cage de vertu avec l'abbé Montsouris ? L'embouteiller dans les postures policées du yoga ? Contenir sa cascade et le bouillon de sa lave dans le ronron de la méditation ?

- C'est en ces lieux, continua Yogi Beshbesh, il y a quelques siècles que je connus l'alchimiste architecte Benedetto di Ravenna. Il fut un des premiers à m'annoncer l'avènement du Swar, l'intensification de l'énergie hélicoïdomorphique dont la vrille spiralée accèlère le temps.

Les lentes énergies dormeuses en leurs danses opiacées sont désormais obsolètes. De vivaces et virevolteuses et pulsatiles danseuses irriguent désormais le nacre des canaux de vos Venises cérébrales.

- Cher Yogi Beshbesh, voudriez-vous dire que tous les pratiquants des énergies douces, guérisseuses, thérapeutiques et de bien être seraient... - Ils brassent du vent, petit. L'énergie n'est plus canalisable comme un fluide mesmérien que l'on capterait dans un tuyau humain vertueux.

Elle est désormais buissonnière, sauvageonne car hormonée de sens. Elle circule dans la géométrie électrique de vos pixels, elle brasille dans les angoisses accélératrices : elle est votre réalité enrichie de vos milliards de paillettes de mémoires. Elle fait cosmose de vos jouissances et à travers votre indicible curiosité elle repousse lentement les frontières de la mort. Jusqu'au moment ou pshitt !....

Yogi Besh Besh s'évanouit comme à son habitude, nous laissant Rachel et moi dans une belle expectative. Notre ami Christian s'était endormi. la terrasse était vide désormais. El jadida était toute alanguie en sa baie, encore pleine des échos des corsaires portugais, espagnols, maltais, et autres fritures barbaresques qui fécondèrent son ventre et ses cales. - Et si nous dansions la nouvelle énergie du Swar ? s'exclama Jayanti avec cette joie flûtée dans la voix qui toujours ensoleille chaque chose. Et qui enchante les téléphones. Elançons nous dans le ciel, ennuageons nos coeurs d'inconnaissance et d'or et incarnons dans la terre, dans son ventre humifère et chaud, dans sa cargaison de jaspe et d'onyx, incarnons la nouvelle graphie du Grand Sens !

Alors, nous donnant la main, et après un bond sur le muret du rempart, bien que poursuivis par les meutes du temps, nous avons plongé lentement, très lentement, dans les roses de sel de la lumière.


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© 2019 - Hassan Aslafy