• Hassan Aslafy

Dans la mêlée du monde...


Après tant de matins de grâce et de nuits à arpenter les gouffres il fait bon de se reconnaître dans la mêlée du monde. Plus rien d'humain ne m'est plus étranger et je goûte à présent la richesse humifère de tous les vivants. Partout et tout le temps. Ville ou campagne, murs ou ciel, hall de gare ou supermarché, jardin ou métro... Plus rien ne retient plus ma co-présence au présent. Je suis né néo-sapiens et porte toute la rumeur des guerres et des peurs de nos millions d'ancêtres dans mes sangs et mes songes. Je suis nourri de la grande sève de toute la chaine génésique, préhistorique et séculaire qui s'accomplit dans le prisme du présent.

A chaque instant je suis ébloui par la diffraction du rêve de notre espèce dans tous nos regards singuliers. Dans le tramway, sur la terrasse de café, chez le boutiquier ou entre les lames du coiffeur, dans la couleur des fleurs, dans la tyrannie du présent et la camisole du temps, partout ne vibre que le cosmos, ne volent que des archipels de silence et des feuilletés de mémoires connectées.

Partout j'entends avec clarté l'éclatant nouveau Chant. L'épopée du Grand Sens déclamée par nos cellules chavirées d'ivresse et traversées d'oiseaux d'or.

Après tous les ports provisoires des spiritualités et des maîtres, après les rêves illusoires occultes et mystiques il est bon de retrouver la mer insigne en ses châles et ses embruns mêles de soleil et d'écume.

Il est bon enfin de respirer en soi l'univers évolutionnaire de la matière exaltée de toutes les inédites pousses du nouveau réel. De ce nouveau soleil qui grandit en chacun de nous quand nous marchons droit malgré les balles et les bombes. Il est bon de respirer la grande beauté de la démesure incertaine et vertigineuse qui fonde l'audace de notre liberté. Envers et contre tout.


© 2019 - Hassan Aslafy