• Hassan Aslafy

Pour une post-spiritualité !


Pourquoi une post-spiritualité ? Et pas simplement une spiritualité tout court ? Ne parle-t-on pas déjà d'une spiritualité laïque ? Affranchie des dogmes et des contraintes rituelles, libérées des appartenances à des institutions particulières ? Posons juste quelques pistes de ce que pourrait être une post-spiritualité évolutionnaire... La spiritualité au sens traditionnel et la spiritualité laïque se conjoignent sur un point : l'horizon du futur semble se résoudre à cet homme "classique " bien connu de nos moralistes. L'homme "humaniste" tel qu'on le connait semble être l'étalon de notre aventure humaine et son horizon ultime. Avec éventuellement une évolution morale espérée mais qui laisse sceptique. On dit même que les sciences et les techniques évoluent, mais que l'homme reste un loup pour lui-même et surtout pour les autres. C'est à partir de cet homme classique peint par les grands auteurs, les grands récits religieux et les grands spirituels que nous nous concevons, pour le meilleur que nous puissions être, "à l'image de Dieu". Et en attendant la fin des temps nous n'avons pour modèles et horizon de notre humanité spiritualisée que les icônes de la sainteté ou des Maîtres éveillés, glorieusement désincarnés de leur égo animal.

En fait, ni l'une ni l'autre des approches spirituelles ne prend en compte le bouleversement anthropologique radical que nous sommes en train de traverser. Un progrès comme les autres...? Nous percevons le bouillonnement technologique actuel comme une révolution numérique des gadgets et de la communication. Et nous le considérons avec un relatif scepticisme, sachant que l'homme est un bougre, certes communicant, mais bien rivé à son bon vieux plancher des vâches. Où bien nous percevons la révolution digitale comme une forme d'utopie d'un monde de technophiles qui n'ont plus, les malheureux, que la technologie pour se poser la question de l'homme et de son futur.

Non, ..une mutation !

En fait nous mésestimons les choses et ne réalisons pas assez que nous avons à faire à une mutation formidable. Un bouleversement puissant, accéléré et si rapide que nous avons du mal à en mesurer les effets. Une mutation radicale qui "perturbe" les "fondamentaux classiques" de "l'être" de notre humanité : notre relation à la mort, au temps, au corps, au plaisir, à la reproduction, à la filiation... Qui perturbe et déstabilise l'ensemble de notre modèle humain sur tous les plans.

Nous entrons dans un monde ubiquitaire qui compresse l’espace et le temps. Non pas dans un laboratoire secret bondé de machines surpuissantes, ni dans la grotte d'un yogi de l'Himalaya : mais avec notre smartphone. A la portée d’un clic d'enfant. Et ce n'est que le début.

Nous entrons dans un monde des savoirs et des intelligences exponentiels assortis d'une bombe évolutionnaire inouie : leur acessibilité à tous ! C'est un fait majeur de l'histoire. Seuls les magiciens, les sorciers, les alchimistes, les initiés et les aristocrates prétendaient y avoir accès il y a encore quelques décennies. Aujourd'hui, mais demain plus encore chacun d'entre nous pourra naviguer dans des nuages de connaissances dont l'internet actuel ne donne qu'une pâle idée.

Pour supporter la mort nous avons appris à l’apprivoiser. Pour nous accoutumer à sa fatalité, sublimer sa tragédie, transfigurer le sens de cette extinction fatale de notre étincelle de vie il a fallu nous l'incorporer comme une condition de notre existence. La mutation anthropologique va nous appeler à reconsidérer radicalement notre idée et notre relation à la mort. Car nous pourrons non seulement prolonger la vie mais peut-être découvrir que nous avons un projet d’immortalité physique inscrit dans le possible de notre humanité.

Ces quelques éléments de changements - cités à titre indicatifs parmi des dizaines de "points vitaux" - imposent que nous les comprenions, que nous les anticipions, que nous réalisions leur "travail" actuel en chacun de nous et dans le corps social bigarré du monde.

Pour les comprendre, les vivre - et ne parlons pas de les accélérer - les modèles religieux et spirituels traditionnels sont obsolètes car ils s'adressent à un homme rivé à la terre, à sa condition de créature dont l'horizon est borné par la malédiction de la mort.

La question dont la réponse s'invente en tous !

C'est alors que se pose la question d'une post-spiritualité qui nous ouvre à un futur ouvert aux étoiles. Des étoiles qui pulsent leurs chants lancinants dans le nucléon de nos cellules et nous appellent à assumer les rêves de notre nature infinie .

Et nous parlons bien de "la question" de la post-spiritualité. Car sa question, et c'est en cela aussi qu'elle est nouvelle, se pose pour chacun de nous non plus sur un mode passif (quel Saint ? Quel Voie ? Quel Maître? ) mais nous invite à nous inventer comme les acteurs, les agents, les créateurs de cette post-spiritualité.

Il ne s'agit plus en l'occurrence d'une spiritualité venue d'en haut comme celles que l'on a connu et que l'on connait encore, mais une émergence pro-active du Grand Sens infini de beauté consciente, diffracté singulièrement en chacun et en tous.


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